2015-03-17 08

Ce matin, je suis allée chez l'ostéo. Vrillée de partout, il paraît. J'ai tellement changé de position que j'aurais pu raisonnablement m'imaginer dans un autre contexte. "Vous êtes incroyablement sensible des membranes intra-craniennes, dans un sens comme dans l'autre... J'ai rarement vu quelqu'un d'aussi sensible que vous !"...

En rentrant, j'ai eu besoin de sortir, je suis partie marcher sur le chemin de la rivière, j'avais besoin de bouffer toute cette lumière, ce soleil qui devient plus doux même s'il fait frais. Besoin de voir des fleurs sur le bois mort. Quand je suis arrivée à mon arbre, le mien, seul au bord du champ, les sanglots sont montés.

Ce printemps naissant est déjà terni par une vie qui s'en va, une mort annoncée. Cette vie-là ne me manquera pas beaucoup, elle ne m'a jamais manifesté assez d'intérêt, pas de tendresse ni même de gentillesse, à peine parfois un peu de bienveillance distante, et encore. Pas assez de tout ça pour qu'il y ait un lien.

Mais cette vie-là est fondamentale dans celle de mon homme, et même s'il a eu à peine plus que moi, pour lui c'est un cataclysme, le départ de cette vie-là. Il coule à nouveau alors qu'on commençait à voguer sur des eaux plus tranquilles et vers de nouveaux horizons. J'essaie de la maintenir tête hors de l'eau, de le faire parler, parler, parler... Ma tristesse est pour lui. Pour celui qui va partir, je n'ai que colère et rancoeur, et le sentiment d'un incroyable gâchis. Je sais, c'est mal, ça ne sert à rien, mais c'est ainsi. Je lui en veux de mettre ainsi notre vie en suspens, et de tant d'autres choses... Je lui en veux de n'avoir jamais su partager tranquillement avec ses petits-enfants, sans méchanceté, sans humilier, sans arrière-pensée... Je dois me débarrasser de ces sentiments qui me font du mal et ne servent à rien.

Je sais que la douceur reviendra. Tout cela me donne encore plus envie de vivre, de rire, de partager. Mais avant, il y a la traversée.