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C'est fait, et c'est la première bonne nouvelle de l'année : MisterT a réservé les billets pour aller voir nos amis près de l'océan, très bientôt. Le hic : il a fait la réservation au nom de son épouse, qui elle, n'avait jamais jugé nécessaire de faire mettre ses papiers d'identité à jour après leur mariage il y a six ans (ce n'est pas obligatoire et la carte était encore valide, alors bon...). Bref, pour résumer, il a fallu que j'aille demander une nouvelle carte d'identité. Et ainsi me frotter à une des activités que j'aime le moins au monde : faire des photos d'identité.

Disons-le clairement : à la base, je ne suis pas photogénique ; comme beaucoup de gens, je ne suis pas à l'aise devant un objectif, je ne sais pas d'instinct présenter mon meilleur profil (que je ne connais pas) et mettre en arrière ma dent qui dépasse. Depuis toujours, en tout cas depuis l'adolescence, c'est un peu problématique... Au début, il y avait le studio Fernand. Ce petit monsieur un peu rabougri, finalement, s'en tirait plutôt bien, malgré le fond ocre-beigeasse-nuagé, et on se reconnaissait, même en un peu mieux je crois. Son talent a même fait passer ce fameux cliché de mes 14 ans, 48 badges et autres pin's sur mon imper en jean -qui m'arrivait aux chevilles mais ça ne se voit pas sur la photo !-, 6 ou 7 colliers autour du cou, qui me valaient à l'époque le doux surnom de Barracuda.

Mais monsieur Fernand, il était quand même plus cher que les photomatons, et puis il était vieux surtout, alors un jour, il a fermé son studio. C'est là que mes vrais exploits sont nés dans les petites cabines. J'ai fait :

*la photo où tu ne vois que mon nez et mes yeux parce que le siège était mal réglé

*la série où je croyais qu'il n'y avait qu'un flash, alors qu'il y en avait 4 (photo n°1 : moi ; photo n°2 : moi en bas à droite, regard en biais -là je me suis dit oups, y'en avait deux- ; photo n°3 : les pointes de mon carré dans le vent, tout en bas à droite, parce que je suis en train de sortir ; photo n°4 : le rideau orange)

*la série où je suis super canon, visage lisse et reposé, léger sourire pas trop débile, et où je ferme complètement les yeux

*celle où je ressemble à une gothique droguée après 18 heures de promenade sur la côte Sauvage (j'avais 15 ans et je croyais être beaucoup plus classe avec les cheveux crêpés)

*les séries Mater Dolorosa, milieu du visage sur-exposé, le reste en imperceptibler noir et blanc parce que la machine était pas réglée (ou que l'encre était vide)

*les innombrables séries où mes yeux convergent vers un point indéfini, mais le même pour les deux yeux, et bien au milieu

*la série créative : moitié rideau orange, moitié rideau bleu, ça pulse !

*et puis les séries marrantes avec mes enfants, où j'essaie juste de faire en sorte qu'ils restent dans la cabine et à peu près dans le viseur sans me prendre trop de coups, parfois on voit un oeil ou mon nez (mais celles-là je les aime quand même ! ;-)

Une constante : toujours un air de supliciée (ou de constipée si vous préférez).

Et puis les dernières, donc, dans un photomaton dernière génération et habilité aux photos officielles (j'ai l'impression, sans doute à tort, que je maîtrise mieux que chez un photographe qui décide de tout), qui te gronde si ta tête est pas dans le rond, si tu as des boucles d'oreilles, si tu veux faire ta mutine en penchant la tête, et surtout SI TU SOURIS. Résultat : une série où on croirait que j'ai vu la Madonne, une où j'ai l'air d'avoir enterré tout mon village. Et comme je vais pas mettre tout mon budget soldes dans mes photos, j'aurai une très sale tête sur mes papiers pour les 10 ans à venir.

 

Pour l'anecdote : pour une raison qui m'échappe encore, j'ai conservé tous ces ratés dans une petite enveloppe, parce que ça me faisait marrer au final. J'ai beaucoup moins ri à mon mariage : l'homme avait mis la main sur cette fameuse enveloppe quelques semaines avant la date, et a transmis son contenu à nos potes... je vous laisse imaginer ce qu'en ont fait ces amis que je croyais bons.